Questions à Bernard Gaïsset, directeur général de l'ACMS

Aujourd’hui, comment se conçoit la santé au travail ?

Bernard Gaïsset : Compte tenu de la complexité croissante des problématiques auxquelles sont confrontées les entreprises, la question ne peut plus se résumer à la seule approche individuelle de la santé des salariés et de leur aptitude au travail.

En effet, au cours de ces vingt dernières années, le monde du travail a connu de profondes mutations et la responsabilité de l’employeur n’a fait que s’accentuer.

En matière de santé au travail, il a désormais une obligation de sécurité de résultat, ce qui signifie qu’il engage sa responsabilité pénale.

Il faut aussi rappeler que la mise en place d’une politique de prévention au sein de l’entreprise constitue un atout majeur pour accroître ses performances, améliorer la qualité de l’emploi et fidéliser les personnels par une meilleure qualité de vie au travail.

L’enjeu est par conséquent essentiel ; il impose un engagement de tous les acteurs de l’entreprise en faveur de la prévention primaire et suppose une approche plus collective de la santé au travail.

Comment évoluent vos modes d’intervention auprès des entreprises ?

BG : Notre mission première est d’éviter toute altération de la santé des salariés du fait de leur travail. Une mission importante que nous devons conduire dans un contexte marqué par des difficultés croissantes en matière de démographie médicale. Cette réalité nous amène à privilégier deux types d’interventions :

  • D’abord, un accompagnement des chefs d’entreprise dans l’évaluation des risques et la mise en œuvre d’un plan de prévention. Le médecin du travail, chargé d’élaborer les fiches d’entreprise, est un interlocuteur précieux pour les dirigeants, notamment de PME/TPE, tenus de rédiger leur Document unique ;
  • Ensuite, un recentrage des visites médicales, d’une part sur les salariés les plus exposés ou exposés à des risques particuliers, et d’autre part aux moments clés de la vie professionnelle (visite de reprise ou de pré-reprise, visite à la demande du salarié ou de l’employeur…) ;
  • Nous travaillons aussi de façon étroite avec les partenaires sociaux, les autres services de santé au travail (notamment dans le cadre d’Alliance Montesquieu), les représentants institutionnels (DIRECCTE, CRAMIF, ARACT…) et les branches professionnelles (métallurgie, chimie, intérim, logistique, propreté, garages, pressings, pompes funèbres, services à la personne…). Cette approche collégiale nous permet de mener des actions concrètes susceptibles de bénéficier au plus grand nombre.

Comment l’ACMS s’adapte-t-elle, elle-même, au changement ?

BG : Notre projet est de faire évoluer en permanence notre offre de services pour mieux répondre aux besoins de nos adhérents, en tenant compte à la fois des évolutions de la réglementation, de la situation de la démographie médicale, mais aussi des réalités de notre structure. Dans cette optique, nous nous sommes engagés, dès 2008, dans la Démarche de progrès qui vise à adapter notre organisation et nos prestations selon un processus d’amélioration continu, processus initié et promu par le CISME au plan national.

La diversification de nos profils professionnels fait partie intégrante de cette dynamique. Des assistants en santé au travail viennent désormais épauler les médecins du travail sur le terrain. Cet apport de compétences est très apprécié des entreprises, notamment des TPE/PME, qui trouvent-là des interlocuteurs de qualité, disponibles et de bon conseil. Nous avons aussi renforcé notre équipe d’IPRP (intervenants en prévention des risques professionnels), experts en ergonomie, toxicologie, sécurité, environnement, hygiène industrielle et psychosociologie du travail… qui, aux côtés des médecins, contribuent activement à la réduction des risques et à l’amélioration des conditions de travail. De la même manière, les assistantes sociales du travail jouent un rôle de plus en plus essentiel, à l’écoute des salariés sur toutes les questions sensibles qui se situent à la confluence de la vie professionnelle et de la vie personnelle, notamment dans la prévention de la désinsertion professionnelle.

Quels sont, selon vous, les apports de la réforme de la santé au travail ?

BG : Le débat qui a eu lieu autour de la loi sur les retraites a permis une reconnaissance des services de santé au travail comme acteurs incontournables de la prévention de la pénibilité, des risques professionnels ainsi que du maintien dans l’emploi. C’est un fait suffisamment important pour être souligné. Il a permis également d’entériner deux nouvelles dispositions législatives (dossier médical en santé au travail et fiche de prévention des expositions aux facteurs de risques professionnels) relatives à la traçabilité des expositions professionnels, sujet «phare» sur lequel l’ACMS fait figure de référence…

Quant à la réforme de la santé au travail proprement dite, qui fait l’objet d’un texte de loi spécifique, elle présente l’avantage de confier des missions aux services de santé au travail, de reconnaître la pertinence des équipes pluridisciplinaires et de dessiner les contours d’une politique contractuelle, ce qui signifie, pour chaque service, la signature d’un contrat d’objectifs et de moyens avec la DIRECCTE et la CARSAT, ainsi que l’élaboration d’un projet de service pluriannuel définissant ses priorités d’action…

Toutes ces dispositions législatives - qui constituent autant d’avancées pour la préservation de la santé des travailleurs - devront être complétées par des décrets d’application qui nous permettront d’assurer nos missions, au bénéfice de nos adhérents, dans les meilleures conditions. Notre ambition : faire en sorte que chaque salarié puisse partir en retraite en bonne santé.