Alimentation, les idées fausses ont la vie dure

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L’existence d’un lien entre alimentation et santé est largement reconnue. Le programme national nutrition santé (PNNS) participe à cette prise de conscience du public.

Pourtant, les messages nutritionnels ont du mal à être correctement entendus et bien compris du public. Telle est la conclusion d’une enquête, menée chez plus de 7000 salariés d’Île-de-France par l’ACMS et un Réseau de prise en charge de l’obésité de l’Essonne (ROMDES).

L’objectif de l’enquête(1), proposée à tous les salariés vus en visite médicale du travail à l’ACMS durant une semaine, était d’identifier, parmi une vingtaine de principes généraux de la diététique, les messages les moins bien connus ou les moins bien compris. Cela afin d’améliorer l’information donnée au public sur la nutrition.

Plus de 7000 salariés interrogés

L’enquête a été réalisée à l’aide d’un questionnaire anonyme, standardisé, comportant 20 propositions « vraies » ou « fausses » recouvrant différents thèmes nutritionnels : la préparation et la cuisson des aliments, les fruits et légumes, le sucre, les matières grasses, l’activité physique, l’obésité, les produits laitiers, les protéines, le comportement alimentaire... Le questionnaire était proposé à tous les salariés se présentant à un centre ACMS pendant la semaine du goût 2008 (du 13 au 17 octobre).

Pour chaque question, la personne devait cocher « vrai » ou « faux » ou bien ne pas répondre. La quasi totalité des salariés ont accepté de participer à l’enquête (8 refus sur 7156 !) ; 331 questionnaires étaient incomplets et 6817 ont pu être exploités. L’âge moyen des salariés était de 36,5 ans (de 15 à 71 ans ) ; il y avait 46,8% de femmes et 53,2% d’hommes. 59,2% des salariés avaient un poids normal, 5,2% étaient maigres, 25,8% présentaient un surpoids et 9,9% étaient obèses. Il y avait davantage d’hommes que de femmes en surpoids (32,2% contre 18,5%) ; mais il n’y avait pas de différence significative entre les sexes concernant l’obésité. L’indice de masse corporelle (IMC) augmentait avec l’âge : 13,8% de surpoids avant l’âge de 25 ans, 27,1% chez les 25-49 ans et 35,4% chez les plus de 50 ans ; concernant l’obésité ces chiffres étaient respectivement de 4,8%, 10,1% et 15,5%.

Un médiocre niveau de connaissances

Premier enseignement de cette enquête, le niveau de connaissance des salariés dans le domaine de la nutrition est médiocre, avec un score global moyen de 10,7/20. Globalement les femmes ont obtenu de meilleurs scores que les hommes ; l’âge n’intervenait pas sur le taux de bonnes réponses ; en revanche les personnes accusant un excès de poids ont moins bien répondu que celles de poids normal. Aucun des dix thèmes abordés n'a semblé parfaitement maîtrisé, l’activité physique remportant le meilleur score (52% de bonnes réponses aux deux questions) et l’obésité le plus mauvais (57% de réponses inexactes aux deux questions).

Quelques notions ont semblé acquises, comme : « les bienfaits des légumes ne disparaissent pas avec l’ajout de matières grasses », « les fruits au sirop ou en compote apportent aussi des vitamines », « l’activité physique régulière est capable de renforcer le squelette », « il n’est pas nécessaire de commencer jeune une activité physique pour que celle-ci soit bénéfique à la santé » et « la viande rouge n’est pas la seule source de protéines animales ».

Les erreurs les plus fréquentes

En revanche, les idées fausses concernant les interdits alimentaires sont tenaces : la majorité des personnes interrogées estimant à tort qu’il faut bannir certains aliments et supprimer les repas festifs quand on veut perdre du poids. De même, les aliments sont mal connus : 59% des personnes interrogées croient que les carottes sont très sucrées (elles le sont moins que les fruits) ; 52% pensent que l’huile d’olive fait moins grossir que l’huile d’arachide (toutes les huiles ont la même valeur énergétique), 58% estiment qu’une assiette de soupe aux « 5 légumes » correspond à la ration quotidienne recommandée en fruits et légumes (non, une assiette de soupe équivaut à une portion de légumes), 47,3% que le saumon (poisson gras) est déconseillé quand on a trop de cholestérol (le poisson gras riche en oméga 3 participe à la prévention cardio-vasculaire)... Plus d’un tiers des personnes pense encore que le lait écrémé renferme moins de calcium que le lait entier, que le lait de soja est meilleur que le lait de vache et que le sucre est formellement interdit en cas de diabète ; autant d’idées fausses qui n’ont pas totalement disparu.

La préparation et la cuisson des aliments sont des sujets un peu mieux maîtrisés : 55% savent que la cuisson au micro-ondes ne détruit pas les vitamines et minéraux et 70% que les bienfaits des légumes ne disparaissent pas avec l’ajout de matières grasses.

Concernant le comportement alimentaire, certaines notions commencent à être connues, comme « on mange en plus grande quantité quand on mange vite », alors que d’autres ne sont pas encore bien intégrées. Près de 60% pensent qu’on mange davantage quand le met est savoureux (ce qui est inexact).

Adapter l’information aux besoins

Bien que ce questionnaire ne prétende pas être un test de connaissance sur la diététique (trop court et trop superficiel), c’est néanmoins un moyen de repérer et de corriger les idées fausses persistantes… La visite médicale du travail est une occasion de rectifier certaines erreurs diététiques.

Télécharger aussi notre plaquette : Nutrition : Pourquoi et comment manger cinq fruits et légumes par jour ?


(1) « Connaissances diététiques des salariés du secteur privé de l’Île-de-France » Amélie ALEXIS, diététicienne, Sandra EDOUARD, diététicienne, Elodie ROY, psychologue, Jean-Pierre LAMANDÉ, médecin coordonnateur, ROMDES, Odile BOULADOUX, responsable administrative , Marie-Dominique LOTHORÉ, médecin du travail, Jacques ALCOUFFE, médecin du travail, Pierre-Yves MONTÉLÉON, Conseiller technique du Comité d’études épidémiologiques, ACMS.